Transport

Feuille de route chauffeur : contenu, règles à connaître et outils

Ce que doit contenir une feuille de route chauffeur, les documents qu’elle ne remplace pas (lettre de voiture, LIC, tachygraphe) et comment la tenir sur mobile.

8 min de lecturePar l’équipe MBL One

Une tournée de livraison sur une carte, avec le camion sur l’itinéraire et les arrêts validés sur la feuille de route du chauffeur

Il est 7 h. Un chauffeur récupère au dépôt la liste de ses livraisons. À 10 h, un destinataire annule et le bureau doit joindre le chauffeur pour réorganiser la tournée. Le soir, il manque un nom de réceptionnaire et personne ne sait à quelle heure la palette a été déposée.

Une feuille de route bien construite évite cela. Voici ce qu’elle doit contenir, ce que la réglementation impose autour d’elle, et comment la tenir sur mobile.

L’essentiel en 30 secondes
  • En transport de marchandises, la feuille de route est un document d’organisation interne. Elle ne fait pas partie des documents de transport exigés à bord par l’arrêté du 9 novembre 1999.
  • Elle ne remplace ni la lettre de voiture, ni l’enregistrement du temps de travail (tachygraphe, livret individuel de contrôle ou Mobilic).
  • En transport de voyageurs, une « feuille de route » réglementaire existe pour les services occasionnels internationaux : elle est remplie avant chaque voyage et l’original reste à bord.

À quoi sert une feuille de route chauffeur ?

La feuille de route, appelée aussi plan de tournée ou fiche de mission, liste dans l’ordre les opérations confiées à un chauffeur pour une journée : enlèvements, livraisons, retours, pauses prévues. Elle répond à trois besoins.

  • Pour le chauffeur : savoir où aller, à quelle heure, quoi charger et qui demander sur place.
  • Pour l’exploitation : vérifier avant le départ que la tournée est réaliste, puis suivre son avancement.
  • Pour la facturation et les litiges : disposer d’une trace datée de ce qui a été fait, par qui, et de qui a réceptionné.

Rien à voir avec la feuille de route de déplacement, qui justifie des frais kilométriques.

Ce que la réglementation impose, et ce qu’elle n’impose pas

En transport routier de marchandises, la feuille de route n’est pas obligatoire. Mais elle vit à côté de documents qui le sont, et les confondre expose à des sanctions.

Trois documents distincts : la feuille de route organise la journée, la lettre de voiture ou le bon de livraison est à bord, le tachygraphe, le LIC ou Mobilic enregistre le temps de travail
Trois documents, trois rôles : la feuille de route est facultative, les deux autres dépendent de votre activité et de votre véhicule. En compte propre, c’est une facture, un bon d’enlèvement ou un bon de livraison qui sert de document de transport.

Les documents de transport à bord

L’arrêté du 9 novembre 1999 fixe les documents de transport qui doivent se trouver à bord des véhicules de transport routier de marchandises. Hors déménagement et location, il distingue deux situations :

  • Le transport public, pour le compte d’un client : une lettre de voiture est établie avant le transport et au moins un exemplaire se trouve à bord. Elle indique notamment le transporteur, la marchandise, l’expéditeur, le destinataire et les adresses de chargement et de déchargement.
  • Le transport pour compte propre, quand une entreprise transporte ses propres marchandises : le véhicule est accompagné d’une facture, d’un bon d’enlèvement ou d’un bon de livraison comportant des mentions proches.

La lettre de voiture peut être établie sur support électronique, présent à bord, comme un téléphone ou une tablette. Elle doit alors pouvoir être transmise immédiatement à l’agent qui contrôle. Elle peut cohabiter avec une feuille de route numérique, sans que l’une vaille l’autre.

Un cas rapproche la lettre de voiture d’une feuille de route. Pour des opérations successives portant sur une même nature de marchandise, entre un même expéditeur et un même destinataire, une seule lettre de voiture peut suffire, établie au minimum une fois par jour. C’est aussi possible pour un envoi à plusieurs expéditeurs ou destinataires. Un état récapitulatif, lui réglementaire, détaille alors chaque opération ou chaque lot. Ce régime ne s’applique pas au cabotage.

Retenez la règle : la feuille de route organise la journée, la lettre de voiture prouve le contrat de transport.

Les titres de transport

En transport pour compte d’autrui, le véhicule a aussi à bord une copie de la licence de l’entreprise : licence communautaire au-delà de 3,5 t, licence de transport intérieur jusqu’à 3,5 t pour le national. Depuis le 21 mai 2022, les opérations internationales des véhicules de plus de 2,5 t et jusqu’à 3,5 t relèvent aussi de la licence communautaire.

Le temps de conduite et de travail

Les heures notées sur une feuille de route ne constituent pas l’enregistrement légal du temps de travail. Celui-ci passe par d’autres outils :

  • Véhicule de plus de 3,5 t, remorque comprise : chronotachygraphe. Les temps de conduite sont encadrés par le règlement européen n° 561/2006, hors dérogations prévues par ce texte.
  • Véhicule de plus de 2,5 t, remorque comprise, en transport international ou en cabotage de marchandises : depuis le 1er juillet 2026, les temps de conduite du règlement n° 561/2006 s’appliquent et le véhicule doit avoir un chronotachygraphe intelligent. Entre 2,5 et 3,5 t, le transport pour compte propre en est exempté quand la conduite n’est pas l’activité principale du conducteur.
  • Chauffeur salarié d’une entreprise de transport de marchandises, au volant d’un utilitaire léger jusqu’à 3,5 t : livret individuel de contrôle (LIC). L’outil numérique gratuit Mobilic, créé par le ministère chargé des transports, est une alternative au LIC.

Pour les véhicules soumis au règlement européen, la conduite est limitée à 9 heures par jour, ou 10 heures deux fois par semaine au maximum. Elle ne dépasse pas 56 heures par semaine ni 90 heures sur deux semaines consécutives. Après 4 h 30 de conduite, le chauffeur prend une pause de 45 minutes, qui peut être fractionnée en une pause d’au moins 15 minutes suivie d’une pause d’au moins 30 minutes.

Pour le personnel roulant salarié des entreprises de transport routier, le code des transports (article L. 3312-2) ajoute une règle sur le temps de travail : pas plus de six heures consécutives sans pause. La pause dure au moins 30 minutes si la journée de travail est comprise entre six et neuf heures, et au moins 45 minutes au-delà de neuf heures.

Conséquence pratique : une tournée qui enchaîne les arrêts sans pause oblige le chauffeur à choisir entre l’horaire et la règle. Placez les pauses dès la préparation.

Le cas du transport de voyageurs

Pour les autocaristes, la « feuille de route » a un sens réglementaire précis. Les services occasionnels internationaux dans l’Union européenne, ceux couverts par l’accord Interbus et le cabotage occasionnel se font sous couvert d’une feuille de route. Pour les services occasionnels dans l’Union, elle est remplie avant chaque voyage, l’original reste à bord pendant tout le trajet et une copie est conservée au siège.

Les rubriques d’une feuille de route complète

RubriqueContenuPourquoi c’est utile
En-têteDate, référence de la tournée, nom du chauffeurRetrouver la tournée et savoir qui l’a effectuée
VéhiculePlaque, type, charge utileVérifier que le chargement est compatible
Départ et retourLieu et heure de prise de poste, lieu de fin de tournéeCaler le début de journée et anticiper le retour
Ordre des arrêtsNuméro d’ordre, type d’arrêt : enlèvement, livraison ou retourÉviter les détours et les oublis
AdresseAdresse complète, quai ou porte, code d’accèsNe pas chercher l’entrée
CréneauHeure ou plage de rendez-vous, horaires d’ouvertureRespecter le rendez-vous pris
ContactNom et téléphone de la personne sur placePrévenir d’un retard sans passer par le bureau
FretNature, nombre de colis ou de palettes, poidsCharger dans le bon ordre et contrôler à la remise
AccèsHauteur ou tonnage limités, zone à faibles émissions, horaires de livraison imposésArriver avec un véhicule qui peut entrer
ConsignesHayon, échange de palettes, marchandise dangereuse ou sous température dirigéeÉviter un refus ou un second passage
ValidationHeure réelle, nom de la personne qui réceptionne, réservesDisposer d’une trace en cas de contestation
IncidentsAbsence, accès impossible, colis abîmé, retardPermettre au bureau de réagir pendant la tournée

Un test simple : si le chauffeur doit appeler le bureau pour obtenir un code d’accès, la feuille est incomplète.

Un modèle de feuille de route à reprendre

Ce modèle suit l’ordre d’une journée, en utilitaire comme en porteur.

Modèle de feuille de route en quatre blocs : en-tête avec date, chauffeur, véhicule et pauses ; fiche de chaque arrêt avec adresse, créneau, contact, marchandise et consignes ; validation avec heures et nom du réceptionnaire ; incidents et fin de tournée
Les quatre blocs d’une feuille de route : reproduisez la fiche d’arrêt autant de fois qu’il y a d’étapes.
  1. En-tête : chauffeur, véhicule, départ et pauses prévues.
  2. Une fiche par arrêt, dans l’ordre de passage, avec tout ce qui évite un appel au bureau.
  3. Validation : heures réelles, nom du réceptionnaire, réserves.
  4. Incidents et fin de tournée : ce qui s’est passé et ce qui revient au dépôt.

Exemple : huit livraisons de colis chez des commerçants et un enlèvement de palettes en fin de matinée. La feuille de route place l’enlèvement quand la tournée passe à proximité, précise que le site ferme à midi et qu’il n’a pas de quai, donc qu’il faut un hayon. Sans ces informations, le chauffeur arrive trop tard ou avec le mauvais véhicule.

Les erreurs qui font perdre du temps et de l’argent

  • Aucun nom de réceptionnaire. Une livraison sans nom est difficile à prouver si le client affirme n’avoir rien reçu.
  • Des réserves non notées. Un carton abîmé signalé le lendemain devient une discussion.
  • Des changements passés uniquement par téléphone. La feuille papier devient fausse et la modification n’est consignée nulle part.

Dans les métiers d’intervention, le bon d’intervention joue un rôle comparable : constater sur place ce qui a été fait.

Passer à la feuille de route numérique avec MBL One

Le papier est figé à l’impression et revient au bureau le soir, trop tard pour réagir. Sur téléphone, la tournée reste à jour. Commencez par une seule tournée régulière, et rappelez à vos chauffeurs de ne manipuler le téléphone qu’à l’arrêt.

Avec la solution Transport de MBL One, l’exploitation confie chaque course à un chauffeur et à un véhicule. La liste « À traiter » fait ressortir les retards et les ordres à affecter. MBL One signale un chauffeur ou un véhicule inactif ou déjà engagé au même moment. Il signale aussi un permis ou un autre document expiré à la date de la mission, et une charge supérieure à la charge utile. Sur le planning, une affectation qui pose un problème grave demande une confirmation. La fonction « Optimiser la journée » propose une répartition des ordres entre chauffeurs et un ordre de passage qui réduit les kilomètres. Elle tient compte des créneaux promis et de la charge des véhicules, mais ne place pas les pauses réglementaires : vérifiez-les avant d’appliquer la tournée.

Le chauffeur retrouve sa feuille de route dans son espace mobile : adresses, heures prévues, consignes, poids et palettes. Il ouvre l’itinéraire en un geste et valide chaque étape, du départ à la livraison. Chaque validation est horodatée : l’exploitation voit l’étape en cours et les heures réelles. À la livraison, le chauffeur saisit obligatoirement le nom du réceptionnaire et peut ajouter des observations. Il peut signaler un incident.

Le chauffeur peut aussi partager sa position : son téléphone affiche alors une arrivée estimée. Vos clients suivent leurs livraisons depuis leur portail. MBL One ne remplace pas la lettre de voiture ni l’enregistrement légal du temps de travail : il organise et documente l’exploitation.

Questions fréquentes

La feuille de route chauffeur est-elle obligatoire ?

En transport de marchandises, non : c’est un document interne. À bord, on exige la lettre de voiture (ou, en compte propre, la facture ou le bon de livraison) et, pour compte d’autrui, une copie de la licence. En voyageurs, elle est exigée pour les services occasionnels internationaux et le cabotage occasionnel.

Quelle différence entre feuille de route et lettre de voiture ?

La feuille de route organise la journée du chauffeur : ordre des arrêts, créneaux, consignes. La lettre de voiture accompagne un transport pour le compte d’un client et est établie avant le départ.

Les heures notées sur la feuille de route suffisent-elles pour le temps de travail ?

Non. Selon le véhicule et l’activité, le temps est enregistré par le chronotachygraphe ou, pour les chauffeurs salariés d’une entreprise de transport au volant d’un utilitaire léger, dans un livret individuel de contrôle ou avec l’outil Mobilic.

Une feuille de route peut-elle être tenue sur téléphone ?

Oui, c’est un document interne. La lettre de voiture peut aussi être électronique, sur un support à bord qui permet de la transmettre immédiatement à l’agent de contrôle.

Les utilitaires sont-ils concernés par le chronotachygraphe ?

Oui, pour le transport international et le cabotage de marchandises : depuis le 1er juillet 2026, les véhicules de plus de 2,5 t, remorque comprise, qui effectuent ces opérations doivent être équipés d’un chronotachygraphe intelligent. Entre 2,5 et 3,5 t, le transport pour compte propre est exempté quand la conduite n’est pas l’activité principale du conducteur.